20150331145805(1)Fin mars, le Club Hippique de Menneville (62) a accueilli Laurent Mézailles, Marie-Odile Sautel et une douzaine de stagiaires pour une formation sur la locomotion du cheval. Les objectifs de la formation étaient de comprendre et améliorer la locomotion grâce à la détection des défauts de locomotion, l’adéquation de la selle et l’adaptation du travail.

La formation a démarré par une matinée de théorie : notions d’anatomie, de comportement et de locomotion qui a été suivie par une après midi pratique lors de laquelle nous avons pu tout d’abord apprécier l’adéquation de nos selles sur le dos de nos chevaux, puis découvrir les points de tension à vérifier avant et après le travail pour déterminer dans quel état le cheval débute son travail et quel en a été le bénéfice et enfin observer 5 chevaux dans leur locomotion (cadence, rythme et rectitude).

20150331113235(2)Le lendemain, nous nous sommes retrouvé pour approfondir nos connaissances :
– faire le lien entre les points de tension observés et les éventuelles causes,
– optimiser le programme de travail pour l’éducation ou la rééducation du cheval grâce aux différents exercices à mettre en oeuvre dans une progression déterminée.

Cette journée a continué dans le manège avec le passage des 5 chevaux observés la veille. Chaque cavalier a palpé son cheval pour déterminer les points de tension ou douleurs avant le travail puis chacun a suivi une séance montée adaptée aux besoins du couple à pied et/ou à la longe. Suite à la séance, les points de tension ont été vérifiés et Marie Odile nous a montré quelques étirements à faire après le travail.


20150331141249(1)Le cas de Tijuana :

Et quel cas ! Ceux qui la connaissent savent à quel point elle est un cas d’école. Elle a été vue par de nombreux vétérinaires, ostéopathes et maréchaux pour divers problèmes (qui je pense sont intimement liés) sans qu’aucune conclusion n’ait été réellement donnée (et donc aucune solution).
Déjà quand je rentre dans le manège avec elle, Marie Odile et Laurent la regardent et se font quelques messes-basses. Ils ont déjà vu quelque chose mais le gardent pour eux.
Adéquation des sellesje n’ai ramené que deux selles. je sais déjà que je ne dispose pas de selle réellement adaptée à Tijuana sauf ma jolie Mayhew. Ceci est confirmé, ma selle de dressage est trop large pour Tijuana, il n’y a pas assez d’espace entre le garrot et l’arcade de la selle, les pointes d’arçons sont beaucoup trop écartées, la selle ne repose pas correctement sur son dos et provoque un point de compression de chaque côté du garrot. Par contre ma selle d’amazone lui va correctement : le garrot est dégagé, les épaules aussi et les matelassures sont correctes bien qu’un peu molles. Je sais donc ce qu’il me reste à faire : changer de selle ou mettre Tijuana en amazone.
Zones de tension/douleurs jour 1 : A la palpation, nous ne trouvons pas de réelle douleur mais énormément de zones tendues surtout au niveau de l’encolure et du dos.
20150330145159(1)Observation montée jour 1 : Je selle alors Tijuana, la marche quelques minutes, ressangle, et je monte dessus. Je la sens boiteuse. Elle fait quelques pas comme si elle était gênée puis reprend un pas plus souple. Les autres stagiaires observent Tijuana marcher, au pas et au trot. Laurent me fait avancer dans mon pas pour que Tijuana se tende. Au trot c’est l’inverse, il me fait ralentir au maximum le trot pour corriger la dédiagonalisation provoqué par le déséquilibre. Les antérieurs vont plus vite que les postérieurs, il y a un décalage entre leurs posers. Dans cette allures ralentie, Tijuana n’y trouve pas de confort, cela la force à travailler et elle s’agace en secouant la tête.
Sur l’exercice des barres sur le cercle : à main droite, elle choisit de ralentir sa cadence au passage des barres et a tendance à rétrécir son cercle. A main gauche, elle a naturellement une cadence plus faible qu’à l’autre main et elle touche régulièrement les barres avec les postérieurs. Elle cherche des solutions sur l’exercice qu’elle résout sans accélérer, au fur et à mesure de son exercice, sa locomotion s’améliore sur les barres.
Sur l’exercice de l’entonnoir (il consiste à passer dans un entonnoir simulé par des cônes ou piquet et de laisser son cheval avancer seul dedans pour observer une éventuelle dissymétrie), elle ne montre pas de changement de direction donc la propulsion des deux postérieurs est équivalente.
Zones de tension/douleurs jour 2 : La séance démarre comme la veille par la palpation qui ne révèle rien d’autre que les mêmes points de tension au niveau de l’encolure et du dos. A noter que l’encolure est tendu uniquement à droite.
20150331143611(1)Observation en longe puis montée jour 2 : Nous commençons la séance en longe pour obtenir l’extension d’encolure. C’est un exercice que Tijuana connais déjà car nous la pratiquons régulièrement depuis que je suis les stages d’Equitation de Légèreté. Cependant, nous recherchons ici sur une extension paroxystique de l’encolure c’est à dire à son maximum, le nez touchant quasiment par terre. Tijuana a du mal à terminer son extension car je ne lui demande jamais d’aller aussi bas. Elle comprend cependant au bout de quelques minutes qu’il faut descendre plus bas mais cela la fait caler. Il faut veiller à garder le mouvement en avant pour qu’elle travaille réellement dans cette attitude.
Tijuana a donc été palpée, longée au pas, je la selle puis la monte. Horreur ! Elle est cettesangle le tixerant fois raide boiteuse. Je ne l’avais jamais sentie comme ça, complètement bloquée dans son épaule droite. Laurent et Marie-Odile me proposent d’essayer une sangle anatomique en tissus élastique permettant d’éviter la compression des muscles au niveau du passage de sangle. Je descends, nous ressellons et je remonte à cheval. Tijuana fait encore quelques foulées irrégulières puis elle reprend une allure normale rapidement. Si la sangle n’a certainement pas résolu totalement le problème, elle lui a permis d’être plus à l’aise pour se mouvoir.
Lors de la séance montée, nous recherchons à nouveau l’extension paroxystique de l’encolure. Donc il faut que Tijuana descende plus bas que l’extension que nous exécutions jusqu’alors. L’objectif de cette extension outre le fait d’étirer toute la ligne du dessus est de mettre naturellement le cheval en déséquilibre ce qui induit en ralentissant l’allure un rééquilibrage effectué par le cheval lui même en montant son garrot pour éviter de tomber. C’est une sensation que j’ai effectivement ressentie lors de cette séance.
Zones de tension/douleurs jour 2 après la séance de travail : Après la séance, une nouvelle palpation nous indique que les zones tendues avant la séance sont toujours présentes mais nous observons que les tensions sont maintenant symétriques au niveau de l’encolure. Puis j’effectue les étirements sous l’oeil de Marie-Odile. Trois étirements pour les antérieurs dont un qui me pose problème, Tijuana ayant appris la révérence. je ne peux donc pas étirer toute la zone de l’épaule, et un étirement pour des postérieurs pour agir sur toute la masse propulsive.
L’observation de Marie-Odile Sautel : La première chose que Marie-Odile a observé en voyant Tijuana était son abdomen tendu. Elle remonte ses abdominaux ce qui accentue sa ligne du dessous. C’est effectivement quelque chose que j’avais déjà observé mais c’était passé comme un état habituel pour elle. Personne parmi les professionnels de santé animale ne m’avaient alerté sur ce symptôme. Tijuana montre donc des douleurs à ce niveau là. Bien entendu, je relie cela à tous les problèmes qu’elle a déjà rencontré et en particulier à ses problèmes hépatiques (analyses de sang montrant les indicateurs hépatiques hors normes). Tijuana va donc déjà recevoir un traitement de digebiol (thérabion) et poursuivre le travail en extension paroxystique d’encolure pour étirer au maximum les fascias de la région abdominale. Puis elle sera manipulée par Eugénie Decroix (ostéopathe DE) en ostéopathie viscérale.

Je sors ravie de ce stage. J’y ai tout d’abord rencontré des personnes formidables tant par leur contact que par les connaissances qu’ils nous ont apporté. Quelle chance de pouvoir à la fois confronter les avis d’un enseignant et d’un vétérinaire-ostéopathe. Nous avons été très bien accueillis au Club Hippique de Menneville et la diversité de formation des stagiaires (enseignants, vétérinaires, shiatsu, etc) a rendu l’échange particulièrement intéressant. Mais je suis surtout heureuse qu’on commence à mettre le doigt plus précisément sur les problèmes que je rencontre avec Tijuana et que l’on me propose des solutions.